Les chiffres du troisième trimestre sont tombés mercredi 28 octobre. Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à France Travail sans aucune activité, la catégorie A, a augmenté de 0,9 % par rapport au deuxième trimestre et de 2,1 % sur un an, selon les données publiées par France Travail et la Dares, le service statistique du ministère du Travail, et reprises par La Provence.
Derrière ce pourcentage, il y a 30 400 inscrits de plus en trois mois. Mais la série est devenue difficile à lire depuis l’entrée en vigueur de la loi pour le plein-emploi, et la hausse réelle est sans doute plus modeste qu’elle n’en a l’air.
Plan de l'article
Une hausse en partie mécanique #
Depuis janvier 2025, les allocataires du RSA et les jeunes en parcours d’insertion sont inscrits automatiquement à France Travail. Ces nouveaux profils gonflent les effectifs sans que la situation de l’emploi ait changé pour autant.
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Le communiqué officiel donne donc une seconde lecture. Sans ces inscriptions automatiques, la hausse de la catégorie A est ramenée à 0,3 % sur le trimestre et à 0,9 % sur un an. Le ministère du Travail, cité par franceinfo et repris par L’Indépendant, l’écrit sans détour : ces évolutions « sont affectées par les effets de la loi pour le plein-emploi et ne reflètent donc pas des évolutions conjoncturelles ».
Catégorie A, B, C : de quoi parle-t-on ?
La catégorie A regroupe les personnes sans aucune activité, tenues de chercher un emploi. Les catégories B et C rassemblent celles qui ont travaillé un peu dans le mois (activité réduite). En les additionnant, le total des inscrits tenus de chercher un emploi dépasse 5,8 millions de personnes, en hausse de 0,8 % sur le trimestre et de 2,4 % sur un an.
Cet indicateur administratif n’est pas le taux de chômage. Celui-ci est mesuré par l’Insee selon les normes du Bureau international du travail, à partir d’une enquête auprès des ménages. Les deux séries peuvent diverger, en particulier quand les règles d’inscription changent comme aujourd’hui.
Le parcours social continue de grossir #
Le chiffre le plus frappant concerne la catégorie F, celle des inscrits en parcours social. Elle atteint 597 000 personnes, en hausse de 10,4 % sur le trimestre, à la suite de l’inscription des allocataires du RSA. À l’inverse, le nombre de nouveaux inscrits en attente d’orientation recule à 386 000 (−13,8 %).
Cette évolution montre que la machine d’orientation tourne : les personnes inscrites d’office sont progressivement réparties entre un accompagnement vers l’emploi et un accompagnement social. Pour les travailleurs sociaux et les structures d’insertion, cela se traduit par une charge qui augmente trimestre après trimestre.
Les jeunes plus touchés, les seniors stables #
Le détail par âge est contrasté. Chez les moins de 25 ans, le nombre d’inscrits sans aucune activité progresse de 2,4 % sur le trimestre et de 2 % sur un an. En comptant l’activité réduite, la hausse est de 1,5 % sur le trimestre et de 3,4 % sur un an.
Pour rappel, le taux de chômage des 15-24 ans au sens du BIT s’établissait à 21,6 % au deuxième trimestre, contre 8,3 % tous âges confondus, selon les chiffres cités par La Provence.
Chez les 25-49 ans, les inscriptions progressent d’environ 1 % sur le trimestre ; en comptant l’activité réduite, la hausse atteint 3,2 % sur un an. Les 50 ans et plus échappent à la tendance : leur nombre en catégorie A recule même légèrement, de 0,1 % sur le trimestre et de 0,8 % sur un an.
Un contexte économique peu porteur #
La remontée des inscriptions intervient dans une conjoncture ralentie. L’Indépendant évoque des défaillances d’entreprises en hausse et un net ralentissement des intentions d’embauche dans le bâtiment et les services.
Ce que les représentants du personnel peuvent en tirer
Pour les élus de CSE et les délégués syndicaux, ces chiffres nationaux restent un repère, pas un diagnostic d’entreprise. Ils invitent toutefois à regarder de près, dans chaque établissement, le recours aux contrats courts, l’évolution des effectifs intérimaires et les projets de réorganisation. La base de données économiques, sociales et environnementales (BDESE) et les consultations récurrentes du CSE sont les moments prévus pour poser ces questions.
Pour les salariés eux-mêmes, la hausse plus marquée chez les jeunes rappelle l’importance de l’accompagnement à l’entrée dans l’emploi : alternance, tutorat, intégration. C’est souvent là que se joue la différence entre un premier contrat sans suite et un parcours durable.
Une série à lire avec prudence #
Au total, la hausse de la catégorie A existe, mais elle est en grande partie due à l’élargissement du public inscrit. Les chiffres corrigés, plus faibles, en donnent une idée plus juste. Le prochain point d’étape sera la publication du taux de chômage au sens du BIT par l’Insee, qui permettra de vérifier si l’emploi se dégrade vraiment ou si l’on observe surtout l’effet de la réforme.


