C’est une négociation qui pourrait toucher la fiche de paie de millions de salariés en arrêt de travail. Début octobre, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a adressé un courrier aux organisations syndicales et patronales pour leur confier une mission d’ampleur : réformer en profondeur le système d’indemnisation des arrêts maladie. Les partenaires sociaux ont jusqu’au 19 décembre 2026 pour trouver un accord, avec des mesures qui s’appliqueraient dès 2027.
Plan de l'article
Une lettre de cadrage et une échéance serrée #
Selon Previssima, le gouvernement préfère la voie de la négociation à des ajustements réglementaires imposés, tout en insistant sur « l’urgence de trouver des voies de compromis ». L’objectif affiché est clair : dégager un milliard d’euros d’économies en année pleine, tout en améliorant, selon les termes du courrier, la santé des salariés et le fonctionnement des entreprises.
L’enjeu financier est considérable. En 2025, l’Assurance maladie a versé 12,1 milliards d’euros d’indemnités journalières pour maladie, auxquels s’ajoutent 5,8 milliards d’euros au titre des accidents du travail et des maladies professionnelles. Des montants qui progressent d’année en année, ce qui nourrit la volonté de l’exécutif de reprendre la main sur ce poste de dépenses.
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Le calendrier, lui, est inhabituellement court pour une négociation interprofessionnelle de cette ampleur : à peine plus de deux mois pour s’entendre sur un sujet qui touche à la fois la Sécurité sociale, les employeurs et les organismes de prévoyance.
Trois chantiers sur la table #
Prévention et retour à l’emploi
Le premier axe de la lettre de cadrage porte sur la prévention et l’accompagnement : mieux suivre les salariés pendant leur arrêt, faciliter la reprise du travail et, lorsque c’est nécessaire, accompagner une réorientation professionnelle. C’est le volet le plus consensuel, les syndicats réclamant de longue date un investissement sérieux dans la prévention de l’usure professionnelle.
Les paramètres d’indemnisation
Le deuxième chantier est le plus sensible : durée d’indemnisation, plafonds, complément versé par l’employeur et taux de remplacement du salaire pourraient être revus, en tenant compte de la couverture apportée par la prévoyance collective. Autrement dit, la répartition de la prise en charge entre Sécurité sociale, employeur et complémentaire pourrait être rebattue. Pour les salariés couverts par un bon contrat de prévoyance d’entreprise, l’impact serait amorti ; pour les autres, la question du reste à vivre en cas d’arrêt long se posera avec acuité.
La responsabilisation des acteurs
Le troisième volet vise les comportements : le courrier évoque de nouveaux outils pour les employeurs face aux arrêts détournés de leur objet et à l’absentéisme atypique, mais aussi la lutte contre la sous-déclaration des accidents du travail et des maladies professionnelles — un point que les organisations syndicales mettent régulièrement en avant, car cette sous-déclaration fait peser sur la branche maladie des dépenses qui devraient relever de la branche AT-MP, financée par les employeurs.
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Ce qui a déjà changé en 2026 #
Cette négociation ne part pas d’une page blanche. Depuis le 1er septembre 2026, une première prescription d’arrêt de travail est en principe limitée à 31 jours, et une prolongation à 62 jours, sauf justification médicale particulière. Et depuis le 15 octobre, la durée d’indemnisation de certaines affections de longue durée dites « non exonérantes » est passée de trois ans à un an.
Le ministre assume une ligne directrice : mieux couvrir les arrêts longs, quitte à « moins protéger les arrêts courts », comme le détaille Previssima dans un second article. Jean-Pierre Farandou cite notamment environ trois millions d’actifs qu’il juge aujourd’hui mal couverts, parmi lesquels les intérimaires et les indépendants.
Le ton est donné jusque dans les médias : interrogé par Public Sénat, le ministre a estimé que « dans la vox populi, un arrêt maladie, c’est comme un congé » — une formule qui a fait bondir une partie des organisations syndicales, pour qui la grande majorité des arrêts correspondent à de vraies situations de maladie.
Ce que les salariés doivent surveiller #
Pour les salariés, trois points méritent une attention particulière dans les semaines qui viennent. D’abord, le devenir du complément employeur : si la part prise en charge par l’entreprise évolue, le maintien de salaire pendant l’arrêt pourrait changer, en fonction des conventions collectives et des accords de branche.
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Ensuite, le rôle de la prévoyance collective. Si la Sécurité sociale réduit sa part, les contrats de prévoyance d’entreprise deviendront encore plus déterminants dans le niveau de protection réel de chacun. Les élus du personnel et les représentants syndicaux auront un rôle clé pour vérifier que les garanties suivent.
Enfin, le sort des plus fragiles : salariés précaires, intérimaires, multi-employeurs. Le ministre promet de mieux les couvrir ; les négociateurs devront transformer cette intention en garanties concrètes, sans que l’équilibre global se fasse au détriment des arrêts courts, qui concernent le plus grand nombre.
Rendez-vous est pris : d’ici au 19 décembre, syndicats et patronat devront dire s’ils parviennent à un compromis. À défaut d’accord, le gouvernement reprendrait la main — probablement par la voie réglementaire ou budgétaire, avec des arbitrages plus brutaux que ceux d’une négociation.




